
Mardi 22 septembre 2026, 15h 00 – 17h 00, amphithéâtre MSSH
Séance inaugurale du séminaire (pas de conférence)
Samir Bajrić, université Bourgogne Europe
Mardi 29 septembre 2026, 15h 00 – 17h 00, amphithéâtre MSSH
Hannah Arendt en ses langues : penser poétiquement
Emeline Durand, université Bourgogne Europe
Résumé :
Contrainte de prendre le chemin de l’exil dès 1933, Hannah Arendt (1906-1975) n’a jamais cessé de penser dans les langues qui furent les siennes : l’allemand maternel, le français du premier exil, l’anglais de sa citoyenneté d’adoption, mais aussi le latin, le grec et l’hébreu, dont elle devait toujours méditer l’héritage. Le rapport aux langues ne se trouve donc pas seulement au centre de sa description de l’humaine condition et de sa réflexion sur l’histoire : il informe également sa pratique de l’écriture, le passage de l’anglais à l’allemand étant essentiel au processus de pensée qui donnera naissance aux grands ouvrages que sont les Origines du totalitarisme et la Condition de l’homme moderne. Dans ce mouvement singulier, qui ne relève ni de l’alloglossie ni de l’auto-traduction, la dimension poétique de la langue n’est pas en reste, à la fois par la tradition qui imprègne la langue allemande et par la plasticité linguistique qui favorise l’invention conceptuelle. Dans son livre-testament, La Vie de l’esprit, Hannah Arendt va ainsi jusqu’à démontrer la fécondité de la métaphore pour la pensée. C’est ce chemin dans les langues que nous nous proposons de décrire dans cette conférence : en lisant les textes autobiographiques, les compositions poétiques et les développements consacrés au langage dans l’œuvre de la philosophe, nous montrerons ce qu’a pu signifier pour elle « penser poétiquement ».
Mardi 6 octobre 2026, 15h 00 – 17h 00, amphithéâtre MSSH
Oralité de l’oral et grammaire
Chantal Rittaud-Hutinet, université Sorbonne Nouvelle-Paris 3
Résumé :
Invisible à l’écrit, la prosodie morpho-sémantique est notre grammaire sonore. Dans les interactions verbales, quand elle se substitue aux formes lexico-grammaticales, donc à leurs sens et à leurs fonctions, c’est pour donner une autre signification au message, et remplacer opportunément l’indicible. Peu de recherches cependant lui sont consacrée.
Seront analysées les combinaisons acoustiques relevées dans des corpus oraux pour : impératif ; comparatif, superlatif ; relative déterminative, relative explicative ; adjectif épithète, adjectif en apposition ; structuration séquentielle de groupes syntagmatiques.
Certains exemples permettront en outre de renvoyer à ce que dit et surtout à ce que ne dit pas le transcodage graphique de nos discours, à ses ambiguïtés, aux contresens qu’elle peut induire, à ses sous-spécifications.
Le décryptage d’un dialogue de film illustrera les techniques des personnages et leur habileté à transmettre sans marque formelle lexico-grammaticale la relation cause-conséquence.
De son côté, l’observation de la façon dont deux méthodes de fle définissent l’intonation expressive et de ce qu’elles en font dans leurs activités apportera des arguments complémentaires quant à l’utilité de développer les recherches dans ce domaine ainsi que ses applications pédagogiques.
Arnaud (A.) & Nicole (P.) (1662), La Logique ou l’art de penser, contenant, outre les règles communes, plusieurs observation nouvelles, propres à former le jugement, fac simile de la 5e éd. (1683), Flammarion 1978, 168
Candea (M.) & Morel (M.-A.) (2002), « La gestion de l’indicible à l’aide de différents types d’allongements en français oral », in Lagorgette (D.) & Larrivée (P.) (éds) (2002), Représentations du sens linguistiques I, Lincom Europa, Studies in Theoretical Linguistics 22, 471-484
Delattre (P.) (1966), « Les dix intonations de base du français », The French Review 40/1, 1-14
Morel (M.-A.) & Danon-Boileau (L.) (1998), Grammaire de l’intonation, l’exemple du français, OphrysRittaud-Hutinet (Ch.) (2008), « Fonctions syntaxiques et pragmatiques de la prosodie », in Collin (C.) (éd.), Grammaire et prosodie 1, Presses universitaires de Rennes, collection Travaux linguistiques du CerLICO 21, 63-79
Rossi (M.), Di Cristo (A.), Hirst (D.), Martin (Ph.), Nishinuma (Y.) (1981), L’intonation. De l’acoustique à la sémantique, Klincksieck, études linguistiques XXV
Mardi 13 octobre 2026, 15h 00 – 17h 00, amphithéâtre MSSH
Style et ordre des mots dans la prose de Maylis de Kerangal
Sandrine Vaudrey-Luigi, université Bourgogne Europe
Résumé :
Il est à présent convenu qu’il n’existe pas d’ordre des mots qui serait d’emblée de nature stylistique, ce qui supposerait en effet un ordre des mots neutre pouvant servir de référence. Il est tout aussi convenu qu’a existé jusqu’aux années 1980-1990 un patron stylistique de la langue littéraire reposant sur des observables mobilisant largement la place des constituants. Qu’en est-il aujourd’hui ? Le renouveau discursif de la littérature a eu une conséquence assez directe sur l’appréhension des traits langagiers typiques de la langue littéraire chez de nombreux auteurs contemporains. En ce sens, nous nous pencherons sur la prose kerangalienne afin d’examiner tant du point de vue méthodologique que du point de vue idiolectal, comment l’ordre des mots, qui s’inscrit au niveau local, relève d’un projet esthétique global.
Mardi 20 octobre 2026, 15h 00 – 17h 00, amphithéâtre MSH
Linguistique et TAL : vers une synergie nécessaire
Iris Eshkol-Taravella, université Paris Nanterre
Résumé :
Après un bref retour sur l’évolution du traitement automatique des langues (TAL) et ses liens avec la linguistique, cette conférence présentera plusieurs études de cas illustrant concrètement cette interaction et l’impact des propriétés linguistiques des données étudiées sur les performances des méthodes de TAL. Seront notamment abordées la classification de questions spontanées vs. préparées dans des transcriptions orales ainsi que la prédiction automatique de la langue maternelle à partir de productions écrites d’apprenants. Ces travaux mettent en évidence l’apport essentiel des connaissances linguistiques dans la conception et l’interprétation des modèles en TAL.
Mardi 3 novembre 2026, 15h 00 – 17h 00, amphithéâtre MSSH
Le langage dans la Logique de Port Royal
Pierre Guenancia, université Bourgogne Europe
Résumé :
La logique ou l’art de penser (1662) d’Antoine Arnauld et Pierre Nicole cherche à remplacer la logique propositionnelle d’inspiration aristotélicienne par une logique qui ne soit pas une typologie des figures du raisonnement mais, comme l’indique le titre de l’ouvrage, un art de penser. S’inspirant de la méthode cartésienne, (surtout de l’analyse des idées, mais aussi de la très nouvelle conception pascalienne de la définition de nom, les auteurs de la Logique…ont l’ambition, plus philosophique que « logique », d’étudier les opérations de l’entendement et de clarifier la nature de l’esprit humain par l’analyse de ses principales « actions » : concevoir, juger, raisonner, ordonner. Si ce projet est en tous points conforme à l’épistémé de l’âge classique, comme l’a montré Foucault dans Les Mots et les choses, il innove en ce qu’il fait du langage non pas seulement l’expression ou le revêtement extérieur de la pensée mais la condition proprement humaine de l’élaboration de cette pensée. Ainsi l’art de penser est inséparablement un art de parler, et la logique une grammaire et même une rhétorique. On le voit notamment dans la nouvelle et très importante théorie du signe qui enferme une très originale conception de la représentation comme l’a bien montré Louis Marin dans La critique du discours. Nous tenterons d’articuler ces trois points : la parole, le signe, la représentation.
Mardi 10 novembre 2026, 15h 00 – 17h 00, amphithéâtre MSSH
La mise en mots des questions dans les sondages d’opinion : construction et manipulation de l’opinion publique
Salih Akin, université de Rouen Normandie
Résumé :
La logique ou l’art de penser (1662) d’Antoine Arnauld et Pierre Nicole cherche à remplacer la logique propositionnelle d’inspiration aristotélicienne par une logique qui ne soit pas une typologie des figures du raisonnement mais, comme l’indique le titre de l’ouvrage, un art de penser. S’inspirant de la méthode cartésienne, (surtout de l’analyse des idées, mais aussi de la très nouvelle conception pascalienne de la définition de nom, les auteurs de la Logique…ont l’ambition, plus philosophique que « logique », d’étudier les opérations de l’entendement et de clarifier la nature de l’esprit humain par l’analyse de ses principales « actions » : concevoir, juger, raisonner, ordonner. Si ce projet est en tous points conforme à l’épistémé de l’âge classique, comme l’a montré Foucault dans Les Mots et les choses, il innove en ce qu’il fait du langage non pas seulement l’expression ou le revêtement extérieur de la pensée mais la condition proprement humaine de l’élaboration de cette pensée. Ainsi l’art de penser est inséparablement un art de parler, et la logique une grammaire et même une rhétorique. On le voit notamment dans la nouvelle et très importante théorie du signe qui enferme une très originale conception de la représentation comme l’a bien montré Louis Marin dans La critique du discours. Nous tenterons d’articuler ces trois points : la parole, le signe, la représentation.
Mardi 17 novembre 2026, 15h 00 – 17h 00, amphithéâtre MSSH
Le répertoire langagier : entre combinatoire linguistique et expérience langagière vécue, quelle représentation ?
Marion Dufour, université Paul-Valéry Montpellier
Résumé :
Le répertoire langagier est un concept proposé dans le champ de l’ethnographie de la communication par John Gumperz en 1964, pour décrire la structure linguistique multistratique par l’intermédiaire de laquelle l’être humain fait des choix langagiers. Incluant un grand nombre de variations qui renvoient aux différences contextuelles et sociales des discours, « un répertoire langagier n’est alors pas simplement composé de formes linguistiques. C’est toujours un ensemble de variétés de discours, chacune ayant sa propre structure grammaticale interne » (Gumperz, 1971 [1964] : 156, notre traduction).
Si certains choix sont prévisibles d’autres le sont moins. Il faut dire que le langage humain n’est pas seulement une combinatoire, c’est aussi une expérience langagière vécue : les genres de discours et les formes grammaticales s’introduisent conjointement dans notre expérience vécue et y sont intrinsèquement corrélées. C’est forte de ce constat que Brigitta Busch a proposé d’étendre la définition du répertoire langagier donnée par Gumperz, à une « mémoire corporelle portant les traces d’expériences d’interactions situées, et des pratiques langagières quotidiennes dérivées de cette expérience, une structure constamment présente dans notre perception langagière du moment, dans nos interprétations, et dans nos actions, et qui est simultanément dirigée vers l’avant, anticipant les situations à venir et les évènements auxquels nous devons faire face » (Busch, 2017 : 352, notre traduction).
Alors que ce concept a fait l’objet d’une transposition didactique et constitue aujourd’hui un concept phare de la didactique du plurilinguisme, le défi de sa représentation se pose, non seulement pour la formation des enseignants mais aussi pour les apprenants, auxquels elle permettrait une meilleure compréhension de la manière dont ils interagissent et s’approprient les langues. Mais comment se représenter cette structure dynamique complexe ? Comment modéliser les traits qui la définissent ? Après avoir présenté ce concept et exposé la manière dont certains locuteurs plurilingues élicitent la façon dont s’opèrent leurs choix langagiers et leurs interprétations discursives, nous reviendrons sur ces questions afin de progresser dans la démarche de modélisation que nous avons entreprise.
Références bibliographiques citées
Gumperz, John. (1971). Linguistic and Social Interaction in Two Communities. Dans J. Gumperz, Language in Social Groups (chap. 9, p. 151-177). Standford, CA : Standford University Press.
Busch, B. (2017). Expanding the notion of the linguistic repertoire: On the concept of Spracherleben – The lived experience of languages. Applied Linguistics, 38(3), 340-358. https://doi.org/10.1093/applin/amv030
Mardi 24 novembre 2026, 15h 00 – 17h 00, amphithéâtre MSSH
La « forme interne » contre les Lumières : la « linguistique historique et comparée » comme message politique
Sergueï Tchougounnikov, université Bourgogne Europe
Résumé :
Vers la fin du 19ème siècle, on voit se former l’opposition entre deux modèles du langage – le modèle français et le modèle allemand – fondés respectivement sur deux modèles d’identité sociale. D’un côté, le modèle langagier associé à la notion de « forme externe » avec ses corrélats tels que : grammaire générale et raisonnée ; institution ou convention ; arbitraire du signe ; oppositions logiques ; idéal sémiotique du langage (Port Royal, pensée linguistique des Lumières ; linguistique des idéologues ; Saussure) ; de l’autre – le modèle langagier associé à la notion de « forme interne » avec une autre série corrélative : grammaire psychologique ; esprit national ; motivation profonde du signe ; intensité et affectivité ; métaphysique de la langue maternelle (linguistique romantique ; linguistique psychologique ; Humboldt). Au premier modèle correspond une vision d’identité nationale « à la française » avec ses constituants politiques : libre volonté des individus ; contrat social ; modèle politique républicain. Au second modèle correspond une vision d’identité germanique fondée sur une solidarité ethnique ou biologique ; peuple comme une entité essentiellement affective ou empathique ; modèle politique fondé sur le charisme personnel du chef.
Cette confrontation autrefois exemplaire entre les deux modèles linguistiques a aujourd’hui une portée essentiellement historique ; elle correspond néanmoins à des tendances profondes dont les effets se font encore sentir dans les deux traditions nationales respectives.
Mardi 1er décembre 2026, 15h 00 – 17h 00, amphithéâtre MSSH
Les catégories typologiques canoniques revisitées au prisme de « l’agglutinance » dans les langues finno-ougriennes (et ailleurs) – une approche PFM vs structuralisme/fonctionnalisme (danois et pragois)
Jean-Léo Léonard, université Paul-Valéry Montpellier
Résumé :
Les langues finno-ougriennes (ou « ouraliennes ») sont souvent citées comme langues « agglutinantes » exemplaires alors que, dans le détail de leur diversité et de leur variation dialectale, il n’en est rien. C’est une tradition de pensée tantôt positiviste, idéaliste, évolutionniste et réductionniste qui a imposé cette vue, qu’on prend souvent pour argent comptant, à l’aune des variétés littéraires de langues comme le finnois ou le hongrois. Au pire, on considère ce « type » comme caractéristique de manière générique de ces langues. Au mieux, on le tient pour un « sous-type » des « langues flexionnelles » – terme porte-manteau également sujet à caution, ou l’on concède que plusieurs types et sous-types peuvent se combiner dans un même système – ce qui est plus réaliste, mais reste approximatif. Par ailleurs, sur le plan empirique, parmi les « langues ouraliennes » dites « agglutinantes », on fait plus rarement référence de manière précise et informée sur les classes flexionnelles effectives, à des langues comme l’estonien (Viks 1992 ; Blevins, 2008), le live (Viitso, 1981, 2007), le vote ou le vepse (Kährik, 1980), langues fenniques méridionales dont la morphologie a muté de manière massive pour se manifester désormais en grande partie dans leur (morpho)phonologie.
Dans la présente conférence, les prémisses qui définissent l’agglutinance seront passées au crible d’une épistémologie critique, qui évaluera la transparence, l’univocité, la concaténativité des combinatoires morphémiques, entre bases ou thèmes (radicaux) et affixes ou clitiques, en tenant compte des effets d’ajustement morphonologique. Nous appliquons une modélisation inférentialiste et en partie réalisationnelle (Paradigm Function Morphology) aux classes flexionnelles de langues fenniques[1], comme le finnois (Léonard, 2022), envisagé dans sa variation dialectale, l’estonien (Saareste, 1938, 1941, 1955 ; Pajusalu, 2005, Pajusalu et al. 2018 ; Toomse, 1938), le fennique méridional (Toomse et Pajusalu (1998), le live (Viitso, 2008) et le vote (Markus Elena B. et Rožanskij, 2011). Nous montrons que ces langues et/ou variétés dialectales répondent davantage à une logique de grammaire inférentielle qu’au mécanicisme univoque de l’agglutinance. Au terme de ce survol empirique, nous aboutissons à la conclusion que l’agglutinance gagne à être déconstruite à la lumière des faits et des modèles Mots et Paradigmes (Blevins, 2006), mais aussi à l’aide de certains concepts issus de la glossématique de Louis Hjelmslev. Celle-ci offre un dispositif d’analyse des fonctions paradigmatiques qui permet de transcender les projections aprioristiques (positivistes, idéalistes, romantiques) sur les grammaires des langues. Dans la mesure du temps imparti nous évoquerons également les perspectives d’application de notre modélisation grammaticale et typologique sur d’autres langues ouraliennes, comme le mordve (Serebrennikov, 1967 ; Léonard 2008 ; Samvelian, 2008 ; Léonard & Esher 2019 ; Djordjević Léonard et Léonard, 2006), ainsi que des langues relevant d’autres familles de langues (langues kartvéliennes, cf. Makharoblidze & Léonard, 2022 ; She, 2024)…
[1] V. Grünthal, 2023 pour une approche actualisée de la typologie des langues fenniques.
Mardi 8 décembre 2026, 15h 00 – 17h 00, amphithéâtre MSSH
Qu’est-ce qu’une règle ? Qu’est-ce qu’une faute ? Quelques réflexions sur la grammaire du français
Anne Abeillé, université Paris Cité
Résumé :
Le français est une langue vivante, équipée de dictionnaires et de grammaires depuis le 17e siècle, décrite par les linguistes depuis le 19e siècle, mais souvent mal connue des francophones eux-mêmes, qui souffrent d’insécurité linguistique (est-ce que c’est correct ?).
La plupart des ouvrages reposent sur des oppositions binaires, entre un écrit normé et un oral « relâché », entre un registre « soutenu » et d’autres réputés « familiers » ou « populaires ».
Autant le vocabulaire semble admettre les « gros » mots et les régionalismes, autant la variation syntaxique est la plupart de temps perçue comme une erreur, voire comme une faute.
À partir d’exemples concrets (la négation, l’interrogation, le genre grammatical), je montrerai la volatilité des normes et la robustesse des usages écrits et oraux.
A. Abeillé, La grammaire se rebelle, Le Robert, 2026
A. Abeillé, D. Godard (éds), La Grande Grammaire du français, Actes Sud, 2021
Linguistes atterrées, Le français va très bien merci, Gallimard, 2023
Mardi 15 décembre 2026, 15h 00 – 17h 00, amphithéâtre MSSH
Dicibilité gestuelle et équation guillaumienne expression + expressivité = 1
Samir Bajrić, université Bourgogne Europe
Résumé
L’équation expression + expressivité = 1 (style) constitue l’un des paramètres sinon les plus originaux, du moins les plus représentatifs de la psychomécanique du langage de Gustave Guillaume. Il s’avère que les faits de langue (Antoine Meillet écrivait jadis : « Les faits de langue sont qualitatifs ») oscillent constamment, voire systématiquement, entre l’expression (naissance de formes linguistique) et l’expressivité (affectivité du sujet parlant), en tant qu’ils empruntent, quantitativement et qualitativement, à chacun des deux mécanismes langagiers en question. Double exemple : i) Je vous en remercie vivement et même chaleureusement est un énoncé au sein duquel l’expression et l’expressivité se rejoignent qualitativement ; ii) un geste corporel (mouvement, inclinaison du corps et de la tête en avant) représentant le remerciement et donc dépourvu de tout geste verbal, réduit l’expression à zéro et / mais fait augmenter l’expressivité. Force est de constater que les gestes non-verbaux contribuent, dans telle proportion ou dans telle autre, non seulement à l’expressivité mais aussi et surtout aux enjeux de l’énonciation en général.
L’idée de base de cette conférence est de créer un poste d’observation qui puisse répertorier et étudier l’ensemble des gestes, fussent-ils mentaux, verbaux ou corporels dans le cadre de ladite équation. En effet, ces paramètres devraient pouvoir se prêter à l’examen de l’économie du langage à partir de diverses séries de mouvements de pensée (cinétisme chez Guillaume), allant alternativement et de manière variée entre expression et expressivité. S’y ajoutent non moins régulièrement, pour le compte de l’oralité, les charges prosodiques (intonation) qui accompagnent tout choix énonciatif et ainsi affectent l’interprétation de ce qui est dit. Cette étude vise l’objectif suivant, simple et ambitieux dans la mesure où il reprend des théorèmes bien connus et, ce faisant, offre un regard nouveau pour le compte des études guillaumiennes : repenser la grammaire des gestes, de l’ensemble des gestes, au-delà de l’acte de langage proprement dit, en l’assujettissant à la visée d’effet (visée de discours ; les termes sont de Guillaume) dont le discours est toujours porteur.
Mots-clés : expression et expressivité ; gestes ; énonciation ; mouvement (cinétisme) ; verbe faire ; interjection ; légèreté et pesanteur.